Le manipulateur

Zebra in Front of Stripes

Le manipulateur, comment le reconnaître et y faire face

Pour atteindre nos objectifs, nous développons différentes stratégies et certaines manières de procéder qui peuvent s’avoisiner à la manipulation. Si atteindre notre but ne se fait pas au détriment des autres, alors il n’y a pas d’inquiétude à y avoir.

Dans son livre « Les manipulateurs sont parmi nous », la psychothérapeute et comportementaliste, Isabelle Nazare-Aga explique que culpabiliser autrui est un processus fort courant et qu’il ne fait pas forcément de celui qui en use un manipulateur*, ou un pervers, mais que son utilisation systématique, comme dans le cas du manipulateur, produit des effets dévastateurs. Il en est de même pour la culpabilisation, et même la persuasion. C’est l’utilisation systématique, dans une modalité relationnelle, qui en fait une pathologie; le manipulateur ou le pervers ne peut qu’entrer en relation avec autrui qu’en utilisant systématiquement cette stratégie.

Une personne manipulatrice n’est pas facilement identifiable. Il nous faut une multitude d’indices et pour ce faire il faut avoir été en interaction ou en rapport avec celle-ci. Pour arriver à identifier une personne manipulatrice, il faut aussi observer la personne dans plusieurs contextes, mais surtout être à l’écoute de soi-même et être attentif à la dynamique de l’interaction.

La tentative de manipulation.

Tout comme le dépendant affectif, le manipulateur* puise sa motivation dans son besoin d’être aimé et reconnu. Son but n’est pas de blesser, mais de provoquer, de manier et de contrôler les évènements, les actions, les décisions, les gens etc. afin se de sentir important, aimé et accepté.

La manipulation implique un rapport : de pouvoir, de chantage, de domination pour influencer subtilement – consciemment ou non – une personne et en retirer des bénéfices. Cet abus se fait au détriment du ou des manipulés, car un manipulateur a souvent plusieurs victimes dans sa mire pour s’assouvir. Le pattern est d’autant plus pénible qu’il est répété sournoisement parce qu’il prive l’être de sa liberté d’être.

Les stratégies

Pour parvenir à ses fins, le manipulateur* dispose de nombreuses stratégies dont certaines sont facilement décelables et d’autres moins, puisqu’il change régulièrement de stratégies et de cibles.

La plus courante est d’induire un sentiment de culpabilitĂ© au manipulĂ©: comment peux-tu me faire cela? J’ai remĂ©diĂ© Ă  ceci et cela Ă  pour toi ! Je l’ai fait pour te faire plaisir ou te rendre service… c’est comme ça que tu me remercie ? Jamais, moi je ne t’aurais fait ça! Tu as dĂ©truit ma vie! Si tu m’aimais vraiment tu … ! J’avais tellement besoin de toi mais… !  Je pensais que tu… La manĹ“uvre consiste Ă  ce que le manipulĂ© se sente responsable. La culpabilisation est LA clĂ©, car elle consiste Ă  faire croire intimement que nous lui avons fait du mal.

La culpabilisation est un procédé classique, que les professionnels de la santé connaissent bien, et qui est utilisé par les manipulateurs. Elle consiste à reporter une responsabilité sur autrui en espérant que celui-ci éprouve de la culpabilité, et donc une baisse générale de l’estime de soi, afin que ce sentiment naissent des attitudes et des comportements avantageux pour le manipulateur.

Avec la culpabilisation vient la persuasion. Le manipulateur influence notre prise de décision qui sera en faveur de ses besoins, désirs ou envies.

« Nous diminuons notre estime de nous-mêmes, notre propre valeur, nous doutons de nos instincts les plus sains et de nos intentions les plus pures. Ce sentiment de culpabilité peut se manifester par des malaises divers, mais il diminue à chaque forme d’autopunition et de sabotage. Nous voulons tous être indépendants et heureux, nous voulons tous avoir une bonne relation avec autrui, mais c’est comme si le fait d’effleurer ces objectifs nous fait croire inévitablement que nous faisons du mal aux autres ou que nous ne savons pas aimer ».

Une fois le sentiment de culpabilité ancré, les jeux sont ouverts et les dés sont lancés, le manipulateur se présente comme étant celui qui va « rétablir l’ordre » dans notre vie: moi, je vais prendre soin de toi ! Tu devrais faire ceci, ou plutôt cela ! Choisis, mais fais le bon choix ! Tu ne devrais pas faire confiance en cette personne, elle profite de toi ! Laisse, je m’en occupe ! Il contrôle, l’air de rien, les horaires, les activités, les sorties, les vacances etc.

Le moindre reproche que l’on pourrait lui faire sera perçu comme une injustice. Cette façon de faire influence le manipulé à se conformer au vouloir du manipulateur.

Vous remarquerez que presque toute discussion est quasi impossible avec lui dans la mesure où il ne peut se permettre la moindre concession envers nous. Seul le manipulateur dirige l’action et les sujets; tout échange intellectuel affaiblirait son emprise, il ne peut donc se permettre la moindre entorse à cette règle toute simple : lui sait, sa victime ne sait pas! Il devient autoritaire et simpliste même qu’il coupe la parole sans gêne d’une personne ou d’un groupe entier. S’il sent qu’il ne contrôle pas la partie, au pire il se lève de table et au mieux, il redirige le sujet à sa convenance probablement pour attirer l’attention sur lui.

Après le stade de la culpabilisation et de la persuasion, suit celui de la déstabilisation.

Il n’hésite pas à nous dévaloriser en notre absence. Il ridiculise nos bonnes intentions ou action. Il peut nous ignorer ou nous bouder voir même manifester son indifférence à notre égard. Mais, parallèlement, il nous complimente et témoigne de sa gratitude, il nous valorise devant les autres, s’excusera s’il a blessé (très rarement), il sera aux petits oignons, il sera avenant et sera disponible pour aider. La recette parfaite pour nous fragiliser et nous aveugler sur ses stratégies.

Ce trio nous amène à la Technique de la carotte et du bâton. Dans le même temps il tentera de nous isoler, d’abord de notre famille, si celle-ci ne lui apporte pas amour, attention et reconnaissance. Ensuite suivra nos relations (amis). Suivra la famille, si elle nous porte plus d’attention qu’à celle du manipulateur.

Le talent suprême du manipulateur se trouve souvent dans sa capacité à apparaître aux yeux de tous comme une personne sympathique dont tout le monde fait l’éloge. Il excelle donc dans les habiletés sociales.

Le manipulateur, plus que tout autre, ne laisse généralement voir en société que ce qu’il souhaite, puisque son comportement est un véritable rôle de composition. Ceci est destiné probablement à rehausser son image et à la recherche d’amour, d’attention et d’acceptation.

Il s’appuie sur le mensonge,  la séduction, et cache souvent un tempérament déviant, rancunier ou envieux dont les origines remontent à l’enfance, à un sentiment de frustration ou à une situation personnelle vécue comme une difficulté insurmontable.

Comme le souligne Nazare-Aga, les personnes manipulatrices ne représentent selon des estimations que 3% de la population, donc pas la peine de succomber à une paranoïa. On est tous des manipulateurs conscients à petite échelle, notamment lorsqu’on est commercial et que l’on connaît certaines techniques éprouvées de manipulation (voir « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », édition 2002, Robert-Vincent Joule, Jean-Léon Beauvois. »). Les manipulateurs qui nous intéressent ici, ce sont ces personnes qui fonctionnent ainsi d’une manière pathologique ; 80% de celles-ci ne s’en rendent même pas compte et ne le verront probablement jamais, les 20% restants en tirent un plaisir malsain! Ce fonctionnement est issu de l’enfance, de la petite enfance même.

Les caractéristiques

Pour pouvoir parler de manipulateur, il faut au moins dix caractéristiques de la liste ci-dessous. À 15, il est identifié à très forte tendance à la manipulation. Au-delà, il n’y a plus de doute, c’est un manipulateur !

(TirĂ© du livre :  » Les manipulateurs sont parmi nous » d’Isabelle Nazare-Aga).

  • Il culpabilise les autres au nom du lien familial, de l’amitiĂ©, de l’amour, de la conscience personnelle et professionnelle.
  • Il reporte sa responsabilitĂ© sur les autres, ou se dĂ©met des siennes.
  • Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et opinions.
  • Il rĂ©pond souvent de façon floue.
  • Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments selon les personnes ou les situations.
  • Il invoque des raisons logiques pour dĂ©guiser ses demandes.
  • Il met en doute les qualitĂ©s, la compĂ©tence, la personnalitĂ© des autres : il critique sans en avoir l’air, dĂ©valorise et juge.
  • Il fait faire ses messages par autrui.
  • Il sème la zizanie et crĂ©e la suspicion, il divise (amis, famille, collègue) au moyen de sous-entendus qui crĂ©ent de la suspicion, du doute, de la mĂ©fiance et il vous demande et s’assure que vous preniez pour son parti.
  • Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne.
  • Il ignore les demandes mĂŞme s’il dit s’en occuper.
  • Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins.
  • Il menace de façon dĂ©guisĂ©e ou pratique un chantage ouvert.
  • Il change carrĂ©ment de sujet au cours d’une conversation.
  • Il Ă©vite ou s’échappe de l’entretien.
  • Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire en sa supĂ©rioritĂ©.
  • Il ment.
  • Il prĂŞche le faux pour savoir le vrai.
  • Il est Ă©gocentrique.
  • Il peut ĂŞtre jaloux.
  • Il ne supporte pas la critique et nie les Ă©vidences.
  • Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des dĂ©sirs des autres.
  • Il utilise souvent le dernier moment pour ordonner ou faire agir autrui.
  • Son discours paraĂ®t logique ou cohĂ©rent alors que ses attitudes rĂ©pondent au schĂ©ma opposĂ©.
  • Il flatte pour vous plaire, fait des cadeaux, se met soudain aux petits soins pour vous pour sĂ©duire et s’attirer notre sympathie.
  • Il produit un sentiment de malaise ou de non-libertĂ©.
  • Il est parfaitement efficace pour atteindre ses propres buts.
  • Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas faites de notre propre grĂ©.
  • Il fait constamment l’objet des conversations, mĂŞme lorsqu’il n’est pas lĂ .
  • il occupe l’espace et s’installe dans un lieu comme s’il Ă©tait un personnage de « hauts rangs ».
  • il cherche Ă  monopoliser l’attention et Ă  se faire remarquer : parle et rit fort, fait de grands gestes etc.
  • il nous incite Ă  rompre avec les personnes influentes qui pourraient nous aider Ă  y voir clair.

DĂ©jouer et mettre fin Ă  la manipulation

Une fois que vous réalisez que vous cherchez des excuses et justifications aux comportements et attitudes d’un manipulateur, dès lors vous vous permettez de reconnaître le manipulateur. Ainsi vous faites le premier pas permettant de reconquérir votre liberté, le respect de soi, de mettre fin aux sentiments de culpabilité et de remords qui sont nés de cette relation. C’est à ce moment précis que vous vous permettez de reprendre la maîtrise de votre vie, vos désirs et vos besoins.

Les attitudes Ă  adopter

  • l’esprit critique ;
  • l’écoute de ses propres besoins et ressentie ;
  • l’analyse d’un malaise et l’identification des causes ;
  • la capacitĂ© de dire « non » et de s’affirmer ;
  • le respect de soi ;
  • le sens de la rĂ©partie (riposte, rĂ©plique) ;
  • la recherche d’informations – directement auprès des personnes visĂ©es par les propos du manipulateur ;
  • obtenir toutes les clarifications jugĂ©es nĂ©cessaires ;
  • cesser toutes complaisances envers cette personne.

Les attitudes qui mettent fin Ă  la manipulation

  • regarder la rĂ©alitĂ© en face et chasser la honte de s’être laissĂ©(e) manipuler ;
  • agir pour mettre fin au piège ;
  • tenir Ă  distance le manipulateur, si possible, ou prendre de la distance vis-Ă -vis de ses manigances ;
  • afficher l’indiffĂ©rence face Ă  ses tentatives de dĂ©valorisation, culpabilisation, dĂ©stabilisation ou lorsqu’elle joue la victime ;
  • arrĂŞter de l’excuser et de justifier son comportement ;
  • se souvenir que contrairement au manipulateur, les vrais amis agissent pour notre bien et sans rien demander en retour ;
  • rire de l’humour, mais rejeter l’ironie, la critique, les sous-entendus etc. ;
  • distinguer la critique constructive de la critique dĂ©valorisante et, face Ă  la seconde, demander Ă  l’interlocuteur s’il a mieux Ă  proposer ;
  • prendre la libertĂ© de refuser un service demandĂ©, surtout si vous vous sentez contraint(e) ; la phrase suivante peut aider : «lorsqu’on demande un service, il faut ĂŞtre capable d’accepter un « oui » comme un « non » sans quoi il faut s’abstenir» ;
  • faire respecter ses limites, ses besoins, ses dĂ©sirs, etc. ;
  • s’opposer au chantage affectif en disant que : « chacun est libre de penser et de ressentir ce qu’il veut » ;
  • renoncer Ă  vouloir changer une personnalitĂ© manipulatrice (nos arguments ou notre amour ne pourront rien y changer) Seul le manipulateur a le pouvoir de corriger son comportement.

 *Le masculin est utilisé pour alléger le texte.

 Sources :

Dr François Michaut :Lettre d’Expression medicale n° 279.Nazare-Aga, Isabelle., (2004). « Les Manipulateurs sont parmi nous », Éditions de l’Homme. 

Joule, R.-V., Beauvois, J.-L., (1987) « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », PUG, 2002.

Autres sources dans le web.

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